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Hécate - Page 4

  • Pas mieux

    Virage déception sortie de routine peur du rétroviseur quitter la fausse insouciance se remettre en marche, alors vieilllir n'est-ce pas Ionesco ?
    Disparition de la douceur des premiers temps à cette occasion revenue en mémoire.
    La mémoire elle aussi fausse qui la fait continuer beaucoup plus longtemps qu'en réalité, la confond avec le silence de neige l'amas confus des jours, oublie l'inquiétude lancinante de la mort apparentée.
    Rendez-vous, petite et grande aiguille, antichambres de sourires usés, nervosité de l'argent, rentrer dans la force vaine des jours ouvrés. Espérer croire, sonner Coué, la pensée positive, la vie est un miracle... Pas mieux jusque-là dois-je admettre en faux joueur. Donc forcément croire, oui.
    Déjà pourtant l'alarme sonne, je déchois, je déçois. Les aiguilles entrent le cathéter distille déjà le mépris...
    Après tout, oui, pas mieux.

  • "Cas intéressant" (Annotation de J.S. sur son dernier bulletin scolaire)

    Il fait son malin, souvent. Ecoutez, lisez-le : l’on croirait qu’il s’octroie de grandes parts de liberté, des bouffées d’aventures, au hasard de ses passions ou de ses emportements. Or, il s’est bizarrement réveillé, tôt ce matin : il avait encore en lui le rêve qui l’a mal fait dormir. Il semble qu’il a côtoyé une certaine Michèle toute la nuit durant. Ils sont assis dans un amphithéâtre universitaire, parmi de nombreuses autres personnes qui comme eux sont sortis de cars de tourisme. Peut-être mangent-ils... Ils ne sont pas installés au même rang mais, s’étant comme reconnus il va la retrouver de temps en temps. Pas vraiment de discussion à propos de leurs vies depuis le lycée. Bref, tout cela finit dans l’imminence du retour un peu bousculé ou nerveux vers les cars. Sans doute ne voyagent-ils pas dans les mêmes, car c’est à la dernière minute qu’il note à son attention son adresse mail.

    Il s’est réveillé avec ça en lui, donc. Puis, sorti dans le jardin, il s’est retrouvé dans un temps obscur, tout encombré de la poix d’un brouillard serré. Tout à coup, il est devenu nerveux parce que ce temps est le même que dans ses souvenirs de Michèle, au lycée, quand chaque matin il était dans l’attente d’un miracle possible : cette fois il se passerait quelque chose, ils vivraient leur drôle d’amour vaguement passionné. Mais chaque matin que le crétin de dieu fasse, il n’était arrivé à rien produire. A demi allongé sur des chaises d’une grande salle de télévision qui à cette heure n’était pas éclairée, confit derrière les rideaux noirs qui la séparaient du grand hall, il ne faisait que rêver qu’elle viendrait l’y retrouver et que le miracle alors aurait lieu. C’est arrivé une fois : sans doute exaspérée par son immobilisme, elle était entrée, était passée derrière lui et lui avait vivement et légèrement baisé les lèvres, déjà repartie sans un mot. C’est tout. Première, Terminale... le bac et pfuit, envolés, elle vers une grande école de Paris, lui dans une vague université de province. Fin.
    Ce qu’il ne sait toujours pas vraiment, c’est si les autres ont comme lui l’impression de n’avoir jamais vécu que des amours détachés du cour normal de l’existence. Non, à la réflexion évidemment pas, puisque il se rappelle son meilleur ami les remportant, littéralement, alors que lui les cueillait, ou plus exactement les accueillait. Michèle en son temps avait été trop jeune ; les étudiantes, elles, savaient vraiment oser. En fait, il avait toujours été plutôt lâche, et en avait finalement souffert. L’âge, finissant toujours par chercher des raccords à une vie qu’on commence tôt et soudainement à voir derrière soi, avait rattrapé sa pleutrerie, avait renfoncé plus profondément en lui les couteaux des échecs de toutes sortes et surtout bien sûr amoureux, l’amenant de gré et plutôt de force à enfin les considérer. Jusqu’à ce qu’il se demande, l’ère du tout-psychologie régnant, si sa maman qui l’emprisonnait dans son amour égoïste, dans les limites du nid, n’y avait pas été par hasard pour quelque chose ; ainsi que ses “profs”, dans le registre d’abord “d’une sorte d’autisme”, puis de “génie”, par là ayant en quelque sorte prolongé les tentacules maternelles et raffermi la tutelle du trésor ?
    Cette réflexion n’ a pas arrangé les choses, si ce n’est qu’elle l’a enfin réintégré dans le monde affreusement banal qui auparavant n’était qu’extérieur. Mais c’est encore être magnanime que de lui accorder ne serait-ce que la réalité de cet extérieur puisque ce genre d’apprentissage se joue dans l’enfance et que la sienne non seulement ne le lui permit pas mais encore, et peut-être bien de ce fait, passa intégralement dans la lecture. Il s’en fit une force, s’amusant à répéter à l’envi qu’il en était à la Bibliothèque Verte à l’âge où l’on sort à peine d’un Oui-Oui ; jouant donc sans prétention à mesurer sa supériorité sur les autres enfants (que d’ailleurs il n’aimait pas), renforcé dans cette conviction par l’estime d’un grand écrivain comme d’un prof qui en Première avait déclaré que ses essais et dissertations “relevaient” de l’Ecole Normale. Tout cela pourrait paraître seulement ridicule si son existence, de fait mal engagée, ne s’était pas aggravée par la culture de ce qui eut dû au contraire l’élever. Une chose très importante doit être révélée : que très tôt il se soit de la sorte “amusé “ et ait “joué” ne témoigne pas d’un orgueil bouffi (il était plutôt timide et faible) mais d’une conscience évidemment anormale du décalage subi... Ce qui lui aura donné bientôt l’allure d’un cynique, et encore plus tard d’un humoriste, et maintenant d’un comique pessimiste. C’est plus fort que lui, il tache éperdument toujours de faire rire quand il y a du monde et y parvient, quitte à se faire traiter de clown par des gens dont il veut pourtant le bien_ par la distance qu’accorde le rire. Mais la distance à évaluer est la marge de sécurité entre lui et la vie et eux toujours plus forts (socialement avant tout), aussi de celle entre lui avec eux qu’au fond il aime et devine immédiatement et le monde futile, grave et blessant dont ils s’écartent alors. Une de ses blessures a été d’ailleurs longtemps de se croire après tout que “gentil”.




    Penser à verser au dossier d’une prochaine autopsie de ce héros: don inexploité ou avorté pour la musique et le chant, ainsi que ses quelques coups de maître dans la vie malgré tout (”Toi, tu es doué pour la vie”, l’enviait-elle).

  • Comme ça.

    Ce qu'il faut de courage pour écrire ici, vasteté plus vide qu'aucune autre !
    Et comme je suis plutôt replié...


    Vacances. Drôle comme elles ont l'air important. Tant mieux pour tous ces braves gens : enfin ils se distraient d'eux-mêmes, expérimentent une petite brèche dans leur vilain narcissisme. Moi, je focalise sur mon nombril, ce soir. C'est depuis que ma douce-amère (ex brûlante) m'en a demandé des nouvelles.

    D'ailleurs, je l'étreins.

  • Prière

    Ô mon dieu,

    faîtes que je me bouge enfin le cul, pour aujourd’hui et pour demain et les jours qui suivront, sans plus jamais avoir la conscience des confins qui vous font repousser les murs de l’Adultie qui ne les souffre pas. Faîtes que je rejoigne enfin le Merdier que ma fausse bonne étoile m’a fait éviter jusqu’alors, et que je trouve bon et normal le tracas des heures responsables. Pardon, mon dieu, de n‘avoir pas aussi rempli ma part d’éternité, de n’avoir pas eu l’humain orgueil de me répéter dans la descendance ; aussi, de n’avoir pas gardé l’oreille ouverte aux milliers de clichés habituels que mes dits-semblables m’assènent à chaque coin de conversation -et ceux-là, de ne les avoir pas crus assez pour m’inspirer de leurs certitudes et comme eux avoir su les gueuler comme il se doit par-dessus l’autre. Faîtes surtout que je parle de l’amour et de la mort aussi facilement que de politique ou de pots catalytiques, avec sérieux et non plus depuis la gravité qui les emmerde et qui, même au travers de l’ humour -voire de la badinerie- les emmerde encore . Que je ne sois plus que sérieux.

    Amène,
    A suivre,

    Frantz

  • De l'écriture encore et toujours

    Parallèle, elle n’est jamais que parallèle à la vie. Ca paraît être une évidence, mais il n’en est rien. Du moins pour moi. Longtemps je les ai confondues, espérant inconsciemment refondre l’une au creuset de l’autre dans le but de magnifier ma vie ou simplement de tâcher d’y apporter un sens. Jusqu’à ce que des amours que je savais anciennes me soient réapparues et que je leur aie donné cette nourriture des mots, comme si je voulais croire que rien ne finit jamais, cultivant la possibilité d’une éternité. Cela fut un lourd échec !
    Vanité de croire réinsuffler à sa route le sens qu’on croit lui avoir tiré par les mots. L’expression et son vocabulaire est une chose ; la vie, elle, s’en rit bien.

    Reste à écrire (si vraiment on ne peut s’en passer !) dans l’intention du plaisir et le plus imaginativement possible (ainsi que Hemingway voulut le comprendre). Autrement, il s’agira sans fin de panser, jointoyer, écoper la vie rêvée d’une existence qui ne dort jamais.

  • Eau

    Avant l'amertume depuis l'amour, face à l'indifférence générale, avant la grossièreté des enfants toujours assouvis, je me réveillais avec le temps et dans ses bruits et ses odeurs. Un courant puissant et fertile passait sous mes pieds, par mes jambes jusqu'au coeur qui battait le rythme de son chant sans jamais bavarder, sans aucun besoin de mots.
    Vivre, frémir, palpiter ! Et ce que d'aucuns appelaient silence était pour moi assourdissant de sens, dès lors que je commençais à vouloir tendre l'oreille : souffle, chaleur, feuilles, demi obscurité, odeur de l'eau, hauteur de l'herbe et des arbres, POUVAIENT me tutoyer, c'était l'évidence, mais ne le faisaient que rarement, seulement si je voulais les entendre formuler quelque chose.

    Le silence a fini par se nicher dans des mots qui reviennent peut-être trop souvent -et surtout sur des terres où l’on me dit que tout est possible, où l’on est censé s’appréhender mieux (!).
    Alors, je retourne à l’eau et je peux toujours la sentir source ! Et je reviens à des mots qui eux aussi seront les mêmes, des mots communs mais qui pour être miens, parce qu’ils sont nés lors de la révélation, ont ma préférence. Ceux-là ne veulent rien dire ni comprendre ni briller d’aucune manière or, si je commence à vouloir tendre l’oreille : souffle, odeur de l’eau, arbres...

  • Juillet-Août

    Trouée blanche.
    Cornet sourd.
    Chinois d'étoiles.

    Entonnoir de lumières.

    Bonheurs à la moulinette.



    Comme si je ne savais pas...

  • Révolutionnaire

    "Alors, on m'a dit que vous écriviez ? Mais pourquoi ne pas me l'avoir dit tout de suite ?"

    "Moi-même, suis une artiste. Je suis peintre".

    "Je voudrais faire un site, mais anonyme. Un truc "underground", ça a été mon rêve depuis toujours. Mes idées sont subversives. Je cherche d'abord un idéaliste qui serait homme de droit et qui saurait le construire à mon image tout en me protégeant de l'Etat"

    "Mais je vais vous envoyer le CD de mes oeuvres, et pourquoi n'écririez-vous pas des textes illustrant mes peintures ?"

    "Vous m'enverrez vos textes ? Je sens que je vais adorer les lire".

  • Nuit

    Nuit. Air clair, calme et tiède. Un grillon. Des chiens aboient. Un moteur, peut-être le dernier en écho à celui qui sans cesse a résonné dans mon corps, souligne le silence. Je ne me retrouve pas. Cette maison inconnue, ce lieu qui dort devraient m'y aider pourtant. Je suis une vérité dénoyautée. Quelque chose devrait se dire mais se tait, comme dans l'enfance où la recherche d'un secret d'entre les lignes _il existait, j'en étais convaincu_ se trouvait gênée par la scie du reproche que ma mère ne manquerait pas de me faire : "Frantz, tu ne dors pas encore". Alors, surpris quand-même, et foudroyé par la tendresse de ce ton qui révélait bien plus une inquiétude qu'un banal rappel à l'ordre, j'éteignais bien vite la lumière, l'estomac noué de l'avoir suscitée de pareille manière. Le livre, chu au bas du lit, était encore resté obstinément muet. Depuis, je l'ai rouvert bien souvent, et ai même eu la prétention de l'écrire. Et cependant, certains soirs comme celui-ci, il me semble que la lumière s'est éteinte avec lui.

  • Allez, une petite, petite esquisse de nouvelle !

    COUP DE CHALEUR

    Sûr qu'il fait chaud. Les nichées s'en rendent compte, vous pouvez me croire. Celles des oiseaux criaillent et piaillent, se font des scènes à n'en plus finir. Même le soir, ça sera à celui qui rasera au plus près le sol, en quête de nourriture, et on n'a pas l'impression qu'entre eux les couples ont des égards. Même les tous petits, dans les nids brinquebalés par la dernière tempête, gueulent copieusement, bien sûr déjà dans la compétition. Trois déjà se sont viandés de toute la hauteur du palmier. Haro, les fourmis ! Alors, quoi, faut bien s'infuser un peu de cynisme, quand armé d'une bêche il s'agit d'aller guillotiner les blessés ! En ce qui concerne le voisinage humain, on entend grincer comme c'est pas possible les vieilles brouettes des couples. Ma bêche reste sous l'abri. Mais beaucoup s'en trouveraient soulagés, d'un de ses bons coups (pensez, avec l'entraînement !) en plein dans le mitan de leur union souffreteuse, envenimée par la moiteur où transpire leur tandem. Moi, ce que j'en dis !
    Remarquez, certains regards en disent long, comme négligemment jetés par-dessus la haie à mon endroit. Le mari, d'abord, plus franc du collier, risque aussitôt quelques pas vers bibi qui, selon sa bonne humeur ce jour-là (envie de s'amuser, quoi) a accepté le contact des yeux qui bien entendu ouvre aussi sec la porte du bla-bla. Sa femme, elle, reprend ostensiblement la direction de la casbah (son mari s'est détaché d'elle trop volontiers) et opère à cet effet une habile supination du buste qui lui laisse le temps _et sans en avoir l'air_ de me photographier à la volée.
    Lui : "Quelle chaleur, hein ?"
    Moi : "Oui, alors ! C'est un temps à faire pousser une jungle..."
    C'est marrant comme pour le coup il me devance et esquisse un sourire entendu quand je ne voyais de malice au propos que le cliché débité ! Comme quoi, l'humour est vraiment l'arme du désespéré ! La bêche de la chimère. Les hommes affligés d'une épouse sont souvent frappés d'inconscience, d'innocence, vont sans hésiter à l'eau noyer l'image publique de leur ménage, ruiner d'emblée leur mince espoir, fût-il le dernier. Quitte à le regretter très vite, pour peu que la femme s'attriste, se fâche ou fasse mine de plier bagages. Pas pu m'empêcher de jeter un coup d'oeil effaré vers sa moitié, étendue là-bas sur son transat. Comme si elle avait pu entendre son sourire ! Faut pas croire, j'ai de la sympathie, moi. J'ai bien vu qu'il faisait une drôle de bobine, après ça. On a encore échangé deux ou trois cirrus, mais le coeur n'y était plus. Il semblait tout à coup pressé, et j'étais suffoqué. Je me suis rentré. Enfin à la fraîche !

  • Entre nous, Monsieur

    Monsieur,

    C'est un drôle d'endroit pour vous écrire et, même, c'est drôle que je vous écrive, à vous qui ne m'avez pas demandé l'heure. Mais bon, l'heure, vous l'a-t-elle jamais demandé pour agir ? Oui, voilà, elle a écrit ce qu'il vous arrive sur le Net, comme ça, sans autre forme de procès, vous a livré avec vos misères aux yeux de n'importe qui. Bien sûr, votre identité n'apparaît pas, et peut-être aussi que vous n'êtes pas son mari ; je ne sais pas, elle n'écrit pas très clairement, c'est toujours noyé dans la formule, barré sous un genre. Si c'est vraiment vous (je veux dire, si vous me lisez, donc) alors je vous dis sans doute que c'est sa façon de prendre des gants, de ne pas jeter le bébé de l'expression, vous voyez. Dans ce genre d'affaire celui qui veut se tirer du bain dans lequel il juge avoir assez trempé avec l'autre _ l'autre qui n'y est plus à son aise puisque tout seul, abandonné_ ne sait pas trop s'il faut l'y laisser ou pas. Fait des mots. S'agissant d'elle, en tout cas, tout cela ne la concerne déjà plus. Je la cite : "...j’ai envie de le gifler '.. Quand je vous dit qu'elle écrit ce qu'il vous arrive, entendez donc qu'elle vous a textualisé, mis en histoire (ancienne, de fait)
    C'est pour ça que je vous écris. Faut pas lui en vouloir si elle est cruelle, et ça d'ailleurs on s'en fout : faut surtout pas vous en vouloir à vous-même, d'abord.
    Personne ne quitte jamais personne : les personnes se quittent entre elles, et il y en a toujours une qui s'en rend compte avant l'autre et qui fait le premier pas. Je sais, moi, que c'est cela qui fait que ça ne passe pas. Déjà à la cantoche, dans une colonie de vacances ou que sais-je, il y en a toujours un qui dira "Prem's !" et les autres qui seront les seconds, forcément. J'appelle ça "le réflexe de survie", et il est en nous depuis perpète, plus ou moins bien ancré, ce qui fait qu'en cas d'incendie et dans la fuite qui s'ensuit les uns marchent sur la tronche des autres. C'est pas souvent très bon en piqûre de rappel. Mais il n'y a rien à faire, c'est comme ça, et une autre fois peut-être que vous serez celui qui dit "Prem's !", et il n'y aura pas plus d'orgueil à tirer de la victoire de ce jour que de honte à tirer de la défaite. On est deux du début à la fin, et dans le début et dans la fin. Faut pas s'en vouloir, vous voyez, de perdre comme de gagner. C'est la Grande Fuite. Fuite devant la peur, la faim, le feu... dans le soulagement : premier dans l'obtention du quignon de pain, dans l'arrivée à la sortie... dans l'écriture, en style, en genre, vers, prose, en brouette ou à cheval. Dans la rupture.

    Il suffit de regarder les choses à deux fois, comme toujours.

    Après, vous me direz, il y a la manière dont cela se passe, et je vous répondrai qu'on s'en fout aussi parce qu'en discutant la manière on cherche à reprendre de l'avance, et que chaque pouce de terrain qu'on pense avoir reconquis est un doigt dans l'oeil parce que dans la fuite on n'est jamais en avance.
    Mais on peut en parler aussi, si vous voulez... La manière, on est d'accord, c'est la forme. On est donc aussi bien d'accord qu'en en discutant, le fond, lui, restera inchangé. A partir de là, allons-y ! Vous savez ce qui à moi m'a fait le plus mal (oui, si je vous adresse la parole c'est que j'ai tâté personnellement la question, hein) ? Eh bien, à mon sens, c'est ce qui peine surtout les hommes, et je parle pour les hommes ici forcément : les images qui nous viennent en pensant à elle avec l'autre, et le vocabulaire de notre langue. Je pense à l'intimité que j'avais avec elle, et en me projetant dans la scène familière je suis bien obligé de me rendre à l'évidence que je n'y suis pas, donc, boum, c'est depuis le corps de l'autre avec elle que je la regarde, elle qui derrière mon regard qu'elle ne voit pas regarde l'autre ! Cette imagination-là est un des plus grands poignards dans le coeur d'un mâle. Maintenant, le vocabulaire. C'est évidemment encore tiré par les cheveux, mais quand on commence avec la forme... J'étais allé jusqu'à remettre le langage en question : depuis notre cervelle dans ce genre de situation, en effet l'on achoppe sur certains mots qui traînent depuis des lustres sans qu'on les remarque d'habitude, et c'est par là que vient se ficher l'autre grand poignard. On se dit merde, elle S'ABANDONNE, S'OUVRE à lui qui la PENETRE, la PREND ! Et ce registre est cautionné tout de même par les hommes que par les femmes ! Pour sceller le tout, elles ne sont pas les dernières à propager l'idée fausse qu'elles ne sauraient s'ouvrir et s'abandonner sans aimer. Vous ne trouvez pas qu'on pourrait changer ça, vous ? Tout est formulé à partir de l'idée de l'homme opérateur... et de clichés.

    Je dis que les histoires d'amour devraient être sous la surveillance de la police, parce qu'avec ces mots et ces images, sûr que cela fait du grabuge. Mais bon, tous les deux on est des gentils, pas vrais ? On se fait bien marcher sur la tronche parfois, mais après tout on nous a aimés ! Chez moi, une des femmes qui se sont barrées s'est retrouvée avec un con (si, si, je dis que c'était véritablement un grand con... et d'ailleurs ça m'a aidé de le savoir en un sens), et m'a regretté pendant des années (peut-être que c'est toujours le cas, d'ailleurs). Enfin, notez bien que c'est à sa façon, parce qu'elle n'est jamais vraiment revenue et même qu'elle est vraiment restée avec lui pour finir.

    J'ai vécu deux autres amours depuis.
    J'ai vécu une méchante rupture encore _à croire que je n'avais pas encore bien compris mes déductions :-)

    "It's still the same old story, a fight for love and glory..."...

    Bon, qu'est-ce que t'en penses ?

    Si tu viens dans le coin et que tu as envie de causer, tu cliques sur "Commentaires", en bas de la bafouille.

    Frantz

  • Papa

    Il fait jour depuis longtemps, tiens. Je n'ai pas assez dormi. Me recoucher peut-être. Alone at home. Il fait froid dehors, je trouve, et ça sent l'escargot alors qu'il n'a pas plu. Non, peut-être que je me trompe. Café. Première cigarette, déjà ! C'est ainsi qu'il est mort, mon grand môme de Papa il y a deux ans. Quelle fin atroce, quelle impuissance "en réa" devant la machine qui le bouffait ou lui donnait de l'air -c'était selon ce qu'on voulait croire, la salope ! Et moi, maintenant, toujours avec cette audace de compiler des mots, à en lire de partout et oublier qu'ils sont 9 fois sur 10 merdiques, encore en notre temps emprisonnés dans la poisse, la règle, la syntaxe horlogée. Les bons sentiments, aussi. Rien que des alibis à sa médiocrité, ses faux renouveaux. Pauvre con. Et puis, fumer, hein, Papa ? Fumer son emmerdement, pointer en clopes les pas de l'araignée, envaper l'inextricable fourbi de ce qui arrive, sulfater le néant car après tout, oui, tu avais raison, rien n'arrive ou plutôt nous ne faisons rien arriver. Tout nous tombe sur la gueule qu'on croit avoir maligne. Ca me rappelle le débat des grands connards philosopheux sur le destin : fatum, pas fatum ? Ils peuvent toujours rêver, les bouffis, sont cuits d'avance ! Tu te marres, là, pas vrai ? Je sais que tu te marres. Oh, Papa, entendre ton rire dans tes délires biscornus, ton imagination débordante pour la moindre broutille ! Pardon, Papa, pardon de m'être ennuyé avec toi, de n'avoir plus supporté l'immobilisme de tes dernières années, pardon de t'avoir laissé crever pour aller battre campagne, me fabriquer mes alibis, pardon de t'avoir sacrifié, tout ça pour rester à me bercer dans les bras des femmes qui m'ont toutes rendu chèvre, laissé choir finalement parce qu'elles ont encore plus d'appétit, que leur ventre de femelle leur dicte d'avoir toujours mieux pour un hypothétique mouflet. La seule amitié vraie est entre hommes. Y'a rien à redire là-dessus, on peut toujours se branler les méninges, ça sera toujours pour se donner belle allure, faire plaisance.
    Tu vois, moi, ton fils, je suis comme toi : je ne sais pas si ça vaut la peine, si je vais me recoucher ou pas, si je vais marcher au Hasard histoire d'espérer me faire croire qu'Il existe, le Pompeux qu'on voit au cinoche. Ou plutôt, non, poster ce truc sur le Net. Ouais, je sais que tu ne connais pas. C'est une espèce d'appartement comme tous les appartements dans une ville comme toutes les villes, où y'a plein de fenêtres de métro où l'on voit jamais vraiment la gueule des autres ni la sienne. C'est quelque part où l'on s'emmerde aussi, avec des rues qu'on emprunte au Hasard, avec des endroits où l'on s'arrête pour se donner le change,comme si on allait enfin être de connivence. Où l'on boit des kawas. Où l'on envoie paître ses bouteilles.

    Je t'aime, Papa.

  • VENT

    Vent. La campagne folle. Vrombissement des abeilles malgré tout à leur affaire, mais déportées. Radar. C'est comme si l'on allait entendre une sirène, une sirène emballée ivre de ses propres ondes. Un oiseau, un seul, qui reprend son air sans cesse, têtu. L'air chaud brasse entre eux les arbres dont les feuilles se frôlent, qui vous giflent de leur soyeuse hystérie. Toupie, ce temps est à vous rendre toupie. Derviche. Vous lancez une idée et hop, la voilà happée, et vous n'avez aucun recours pour vous en saisir à nouveau. Tant pis, il vous avait semblé pourtant qu'elle valait la peine, que si vous aviez eu le temps d'y regarder à deux fois elle vous aurait entraîné vers la gloire personnelle du texte et puis, non, il est trop grisant de laisser filer le filon et vous entrez le museau dans la corolle d'une fleur de passage, une fleur légère, énorme et tellement petite aussi. Elle sent sa mort, comme toute fleur, mais blanche _ et quel parfum !
    Les arbres, les arbres, les arbres... d'habitude prompts à vous tendre le bruit imaginé dans leur nom : un cri qui vibre et s'allonge et résonne tout le long d'une branche jusque dans la ramure, un VLING et un BRRR et un gong de fond, un son qui s'élague, une peur qui volige ; la poussée d'un hêtre au monde, l'élévation mégalo d'Ouranos, l'élancement dans la douleur ou la joie de la vie en son "I" ce clou crucifiant.
    Les arbres, les arbres, les arbres se tordent mais ne hurlent pas parce que le vent noie le déchirement de leurs tripes saoules et sans doute ne sentent-ils pas le ravage. C'est "Regain" ou encore "Le déjeuner sur l'herbe", c'est l'abrutissement magnifique de l'homme en son berceau de verdure, le sexe vert à sa source affolée, la jupe qu'on trousse et son cul qui l'ordonne. Et quelle CANDEUR !

  • Démêler ma tristesse

    Je regrette tout. Que tout soit passé.

    Hécate, mon Hécate, que deviens-tu ?
    Tu auras des enfants, dont les cris couvriront complètement les multiples petits gestes de notre ancien silence, de notre chère fragilité.
    Tu auras l'âge de raison, raison de croire et de vivre. J'avais cet âge quand ce fut nous. La raison me dicte bien autre chose aujourd'hui. Toi et notre enfant sont derrière moi, à jamais.

    J'ai tant de fois tâcher de démêler ma tristesse. Parfois avec la langueur distraite que tu avais à soigner tes cheveux. Cette image me donnait une lumière assez douce pour ne pas réveiller le ressentiment et la colère et la douleur qui tant d'autres fois me harcèlent encore. Mais je n'ai pas réussi. Nulle part. Toute écriture revient au désert, au style crissant sur le rocher d'un blog ou de mes pages où les algues sont toujours plus nombreuses et enchevêtrées, où ta chevelure est devenue lichen.

    "Le sel a tout rouillé, mais où sont les barrières ?"...

    Je lis des mots, je fais des mots : il faut bien croire que j'espère encore. Mais je ne t'attends plus. Depuis longtemps. Et ce devrait être là l'étroit passage vers une rédemption.

    Or, toujours cette tristesse. Toujours pas démêlée.

    D'autres femmes. Et une, loin... dont je travaille à rendre le visage net, avec une forme et un coeur que j'inspecte méticuleusement à mesure que je les découvre pour être sûr qu'aucune trace de moulage n'y tient. Je veux l'Original.

  • Le seuil de Handke

    Après avoir lu la note de Sonia à propos de ses voyages, me suis rappelé les miens en même temps que la définition du voyageur selon P. Handke -où il est question de sentir un passage, le franchissement d'un seuil (a contrario du touriste). Suis allé recherché certains de mes textes où les seuils sont sentis, oui ! Cette notion de seuil ici peut sembler être traitée ironiquement, mais je ne dissocie pas en moi le lieu qui, en tant que FORCE AGISSANTE, dans le voyage a façonné l'histoire.

    GLAUQUE

    Putain, oui, c'est glauque ! Dans quels bras es-tu allée te fourrer, Hécate, monstre ? L'as-tu recherché, aussi, ce plaisir à goût d'ailleurs ! Mais c'est l'ailleurs qui t'a mis ça en tête... Satané Aragon, aussi, qui le disait bien, qu' "il fallait pas nous donner des cartes de bibliothèque". T'as dû y trouver un atlas, la géographie des passions fumeuses, et piqué tout droit vers elles. Zigzag parcours : Istanbul, Brighton, Copenhague... Perdue en des amants d'entre lesquels il fallait te ramasser ; et y croire, en nous, à nouveau, sur tes instances ! Mais, au compteur du temps sans toi, ça fait 3 ans que tu t'es fixée enfin, accrochée de toute la force de ta peur à cet informaticien de mes deux (je me rappelle ce Noël où, bonne pomme, je suis venu te tenir compagnie parce qu'il avait préféré le passer en famille.. sachant qu'il te laissait absolument seule, ce fumier !) Comment as-tu pu lui passer ce dont le millième à moi m'a coûté la vie -et dieu sait de quelle façon, avec surtout cette indifférence odieuse, altière dans la chambre de Loti, devant mes cendres, ce pauvre amour à qui tu aurais plus tard encore l'audace de dire que "Quant à toi, tu es dans toutes mes conversations avec mes nouveaux amis, tu es ce qui me distingue, une Histoire et la force de l'avoir vécue et de la vivre encore, tu es mon étrangeté d'être et ma fierté.
    Pas donné à tout le monde..."
    "Quand je serai grande , je me marierai avec toi." Véridique ! Cru décembre 2002 ! Oui, même encore à cette date tu te foutais superbement de nous ! Putain, oui, c'est glauque de repenser à tout ça ; oui, c'est glauque d'encore maintenant te maudire à ce point !

    MA MEMOIRE RALLUMEE

    Rappelle-toi, oui rappelle-toi pour une fois mais cette fois-ci " pour de vrai ", comme nous avons vécu tous les deux ! Qu’y avait-il plus loin que tes yeux dans les miens, sinon encore la route que nous ferions ensemble encore et toujours ? " On the road again "… notre devise. Pour une route, c’en fut une, et longue et pleine de virages et repue de soleil et bâfrée de souvenirs… Ton rire reste et dévale à jamais les roches, avec la peur coincée quelque part derrière le bonheur. La peur de tes larmes à l’improviste, qu’alors les roches glissent et nous piègent. Je craignais mon impuissance devant tes peurs soudaines, cette littérature, ton amour mon amour, écrite à quatre mains mais surtout par les miennes. Qui vivait quoi ? Moi, j’allais évidemment tenter encore l’escalade, au contresens de ta folie, de ton rire aux fêlures apparentes, tâcher de trouver au sommet mieux que ma douceur peut-être une miraculeuse arnica (?) Je rentrerais bredouille mais qu’importe, déjà l’eau de tes yeux aurait viré et mis le cap sur l’horizon à nos couleurs, nous étions heureux à nouveau !

    Jusqu’à ce qu’un jour quelque part le sol se mette à trembler et m’ensevelisse. Le miracle de ta guérison était en chemin, venu d’en bas, à coup de sainte indifférence et de rageuse sexualité. Avec lui, comme avec d’autres ensuite, j’ai cru qu’ainsi tu te vengeais de moi.


    Parfois, je le crois encore, mais c’est parce que je t’aime toujours.

    Et aussi Mes Vallées
    ou encore Fred Astaire

    La plupart de mes voyages ont été emplis d'effroi, irradiés a priori par la violence des émotions qu'ils ont suscitées. A Bibi, si elle me lit ici (et j'en profite pour l'embrasser), je vole un passage du mail que je lui ai écrit pour rappeler encore Saint-Ex :

    "Je veux bien croire que vous m'imaginez voyageur et contraint voire auto-contraint
    à un amenuisement de mes frontières... Je ne puis vous
    donner tort. Et les sentences à la Saint-Ex ne se
    formulent jamais qu'après coup, alors que le trop tard
    vous exécute comme vous saviez qu'il vous exécuterait.
    Ne serai jamais jardinier, mais l'inventerai chaque
    jour, à chaque goutte de mon exudation "littéraire",
    pour tous les désirs avortés... Un jour, j'aurais dû
    être jardinier, oui."


  • Mon point d'eau du 16 février

    En finira-t-on jamais de ces traces d'amertume plus ou moins dissimulées ? Or, hélas, on peut les apprécier, pire y prendre goût comme au chocolat que les habitués arrivent à préférer de plus en plus noir ! Distiller sa mélancolie ou son insuffisance, s'y complaire à l'échelle de sa vanité ; que l'on trouve bons ses textes, que l'on apprécie les commentaires qui en sont faits (valable pour tous les scripteurs) Au moins y aura-t-on trouvé quelque jouissance, au mieux de sa hauteur : ce que vous lisez est ce que j'ai produit, j'en suis l'auteur et l'esprit, et je n'y suis plus. Je suis ailleurs, et ailleurs qu'importe si je suis meilleur car la part a priori intéressante de ma personne repose au chaud, où elle travaille, est cultivée par ses lecteurs. Blog opératoire. Je suis supporté, auto-porté même, peut-être, puisque des commentaires je suis libre de faire ce que je veux. Blog blanc.

    Parce que je vous lis parfois. J'ai dit que j'évoque tous les scripteurs. Je ne me débine pas. Pas moins pas mieux. Ne suis pas un forcené du jugement. Comme vous, je cherche à comprendre. Quel souffle plus vaste et plus fort nous a conduits en ces lieux ? Sous quel joug ployons-nous, pour aller déposer nos pierres sous un tel enfouissement ? Allumer l'ordinateur pour si peu de lumière ; aller chercher ce petit couloir dans des millions d'autres, pour quelle préférence, pour quels favoris ? Entrer peut-être un code et pour quel secret, quel trésor ?

    Oh, j'ai tellement de lassitude ! Je voudrais tant me défaire aussi de ces pierres ! Les mêmes que les votres, je n'en doute pas. Des anciens amours à ceux qui ne viennent pas. Vasteté de ce souffle. Au coeur. Des pics et des vallées, des chaînes de montagnes à franchir entre les rêves entachés de regrets, et les rêves embrindillés d'espoir. Les bottes de géant qu'on se sait aux pieds à la cîme de quelque meilleur jour, et toujours plus d'espace devant soi. La montagne sacrée recule toujours, bien sûr. A avancer, comme à monter, nous créons notre infini d'émotions, notre capacité créatrice... de même que le désert bourdonnant de silence.

    Nous avions soif. Et forant à la recherche de l'eau nous attisons la soif. Certains blogs s'essaient à retenir le peu d'eau comme l'or des jours, d'autres se sont égarés dans le désert et se sont asséchés. D'autres encore, sont blancs et peut-être figurent la caisse de résonnance vide du bourdon de silence ? ou le rire dément et supérieur du fou dans sa mensongère et absolue coquille ?

    Ce qui me rend fou depuis toujours, c'est de sentir au bout des doigts cet or. Au bout des doigts...

    Ce blog est une goutte d'eau.

    Une larme miraculeusement conservée au désespoir, aux sanglots d'un homme à genoux dans le Bosphore, près de la chambre si proche où se dessine le premier mouvement d'une danse qui l'aura mis à mort. "çok güzel", avait appris la méthode... Et la beauté révélée s'éteint là.

    Ce blog ne contient qu'une note, un signe. Cette goutte d'eau, je le veux (et ce sera là mon seul orgueil), humectera la gorge exténuée de l'errant qui, pour avoir fui loin de la mer rouge de son coeur. se sera perdu en ses déserts.

  • L'Avant-Dernière nuit (des enfants)

    Les fenêtres ont été grandes ouvertes, tant il a fait chaud à force de tous ces pas. Aller et venir, partir et s'en retourner, avec dans les mains cet objet choisi plutôt qu'un autre.

    Les peluches ne semblent pas effrayées par le charivari, elles ont toujours leurs yeux doux et plein de bon sens. Elles savent bien que ce n'est pas fini et attendent leur tour pour sauter en ribambelle dans ce sac qui baye aux corneilles, ou peut-être à l'intérieur de ce carton qui leur tend ses quatre bras gourmands. Et, pareillement, toutes choses vont le même chemin comme autant de bernards lhermittes, avec des sauts de marelle.

    Quelle joyeuseté !

    N'est-ce pas la dernière nuit, pourtant ?
    Et c'est ma petite enfance, aussi, qui déménage : sa géographie -la chambre, et le couloir, et les placards...- va rester là !

    "Hmmm... nous respirons mieux maintenant" disent avec un sourire bienveillant la chambre, et le couloir, et les placards de cette maison. "Nous t'avons prêté l'abri de nos murs et le jour de nos fenêtres et nous étions très contents ; or, tu sais, nous aimons aussi un peu de changement. Nous sommes curieux et nous attendons avec impatience d’autres pas et d’autres voix. Peut-être qu’il y aura encore des enfants ?”
    Les choses sont facétieuses, toujours prêtes à faire des plaisanteries. Elles sont comme les cartes de jeu : tantôt piquent, tantôt font leur joli coeur. Elles ont leurs rois et leurs reines, et jouent à en changer parfois.
    Et, alors, je découvre que j'ai aussi un jeu de cartes, je comprends que dans mon propre jeu de chaque jour, mon jeu fait de souvenirs, de sentiments et de sensations, la carte d’aujourd’hui porte ces murs, ce couloir, ces fenêtres... ma géographie. Et c’est sans aucun doute une carte coeur. Et pour cela je la retrouverai toujours en moi, comme cette nuit !

    Ainsi que les peluches, j’attends joyeusement le prochain saut de marelle puisque, si demain je pars pour de bon, ce soir, comme pour tous les autres soirs de ma vie, je n’entrerai jamais que dans l'AVANT-DERNIERE nuit de tant d'autres.

    Mais, chut, ça va être l'heure du rêve ! Bonne nuit tout le monde !

  • Rappel d'hiver

    C'était un mois de février.

    “A l’heure où blanchit la campagne”...


    Ainsi l’on ne nait jamais qu’à soi-même. Tant de matins auront passé dans la course lente d’une vie, où les jours se succèdent dans une probable sérénité. L’ordinaire rassurant que l’on se fait.
    Et puis certain matin qui surgit. Emergence du jour à laquelle on assiste, simplement parce que l’on se réveille à un endroit différent, entre autre, et sans doute plus tôt que d’habitude. Rencontre surprenante, _ sa propre planète dans l’ordre de l’univers, prise au flash du moment, descendue à mi-chemin de la terre et du ciel, attrapée par surprise, tirée vers soi par l’effort de la mémoire et puis sur la page.
    Un vers oublié sonne à nouveau : “...dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne”. C’est le même cristal qui tinte encore, refondu au creuset de l’extraordinaire. Présence subite d’anciens points du jour, même corde frappée au cœur de la conscience.

    Mais, pour autant qu’une poignée de clefs ouvrent les mêmes portes, toujours ; les portes, elles, ouvrent sur d’autres seuils. Comme aujourd’hui celui d’un cabanon loué l’espace d’un week-end. Alors je sortirai, alors nous sortirons rejoindre l’avenir coutumier et cependant nouveau _encore une fois. D’ailleurs, le soleil se lève. L’herbe gelée ne sera bientôt plus. Rentrée dans l’oubli... et pour combien de temps ?
    Le cosmos reprend sa ronde des planètes

    _avec la notre.

  • Ca passera, tu sais.

    Très doucement, je réponds : oui, oui... Tout doucement, comme la rumeur que de tels souvenirs remontent à mon oreille.
    Oui, oui... ça passera, tu sais.
    Je sais, c'est affreux d'oser dire cela, parce qu'il est tout aussi abominable de se laisser l'entendre dire.
    La rumeur très en-dessous, derrière tant de jours et tant de nuits qui s'amoncellent et ne réduisent rien. Mais le dire quand même. Qu'une mélodie s'installe et noie l'autre délicieux ronron des souvenirs ensanglantés. Au début, ce sera la basse chantante, qui l'accompagnera, s'estompera parfois au profit de l'autre ; mais qui reviendra encore et encore, pour que roulés en son ressac les silex du coeur s'amoindrissent.
    Alors, un jour, te promenant sur la jetée, tes yeux se lèveront vers un froissement d'ailes, et tu découvriras la mouette rieuse, son cri soudain moins discordant : la rumeur aura coulé l'or de la mémoire avec ce contre-chant, donné au cailloutis son magique bâton de pluie. Et tu pourras pleurer et rire comme pleurent et rient ceux qui enfin savent. "ça passera, tu sais"...

    Je t'embrasse.

  • Mes vallées

    Mais où sont mes vallées ? Celles que je rêvais, celles que j'ai vécues rêvées ? Des vents de sable ont passé, enfouissant certaines demeures. Leurs volets se sont fermés à mon souvenir ; les paysages sont restés. Curieusement, celles qui me virent misérables conservent après tout une teinte riante. C'est parce qu'elles sont rattachées aux sourires qui les fit naître, et que la mémoire n'a pas de cloisons étanches -elle s'arrange. Par exemple, ce Christ au départ du ferry de Dieppe, encore debout en haut de la falaise que les pluies torrentielles avaient pourtant ravinée, écroulé à ses pieds. Cet abyme monstrueusement ouvert et duquel on l'avait protégé, lui évitant la chute au renfort d'un filin noué en haut de sa croix, fiché en terre loin derrière lui. Même maintenant, après que tout soit fini ; même maintenant, alors qu'en ce temps j'avais su en tirer le mauvais présage (l'inexorable crevaison) autant qu'en déchiffrer le signe de mon histoire (sauver, et lors condamner à souffrir), oui, même à présent je retiens la vallée qu'il m'offrait depuis ses yeux vers la mer, la mer qui portait mon fol espoir vers l'Angleterre. Hécate partait, mon amour en lequel il fallait bien qu'elle ait cru - emportant le pardon de ses "turqueries"- et dont la force, donc, l'avait retrempée.

    D'autres demeures se sont ouvertes sur lesquelles le fameux vent a soufflé. Une autre fois terriblement, puis encore mais ce n'était que poussier. Aujourd'hui, il menace à nouveau. J'ai appris à balayer ma porte.. Je vois d'autres vallées, plus nettes.. mais, grands dieux, moins rêvées peut-être.