29/09/2007

Regain d'automne

    Quatre degrés ce matin et huit l’après-midi. Vent, petite pluie, parfois du soleil. Osiers, mûres, cynorhodons, pommes, coings, poires, bois, feuilles, châtaignes.
    Le père P.; la bigote venue apporter les oeufs frais; le très vieux couple dans sa 2 CV verte, stoppée au bord de la route sous un châtaignier, attendant que leurs enfants en contrebas aient fini de ramasser les pommes.
    Feu. Taille du cerisier, des rosiers grimpants. Doigts gourds, tachés et griffés. Horizons, creux, ronces. Le sentiment d’appartenir à la terre, que la Bourgogne de mes origines, et plus loin l’Ardèche s’éveillent en moi à l’écho que l’air, la terre et l’eau font en m’emplissant.
    Jour rude en pierres et montées. L’âne qui passe devant la maison, les vaches sur la pente touchant la maison, piétinant encore le béal. Les pommes de terre qu’on épluche, la soupe de fruits, la corne dans laquelle la vieille G. souffle pour me signifier, jusqu’au “fougnadou” où je monte du bois pour le chauffer, l’heure du repas.
    Il est vingt-deux heures, la lune est encore bien pleine, je suis fatigué et lourd. Je suis couché. La place est chaude  de la brique plate que G. a mise à chauffer dans l’âtre pour moi. En bas, ça joue aux cartes. Le patois qui parfois murmure comme un grondement sous les rires. Le vent souffle, parfois fort, charriant des cris d’oiseaux inconnus. Je vais sûrement maintenant dormir comme une souche.
(Lozère)

26/09/2007

Sagesse

Je ne comprends plus celles et ceux qui se jurent une vie pour la vie, dans la fidélité et les serments. Tout en réalité se situe à l'opposé, diamétralement. Aimer et s'en aller, ainsi va la marche du monde. Et laisser les portes ouvertes pour qu'elles soient battantes, qui ramèneront peut-être à eux-mêmes les amants et même peu importe puisque à jamais chacun est dans le coeur de l'autre. Amour et liberté pleines. Et en mon coeur l'amour est bel et grand.

(Et c'est en écho à cette phrase d'une de mes notes : Il n’y a d’amour véritable que dans l’imposture, le sentiment de tromper l’illusion, avec la force de croire avec l’autre à la beauté de ce sublime mensonge si près (cyprès) du soleil. Celle-là qui saura être la dupe consciente pourra être ma femme, parce que nous-nous CROIRONS ! Epoux d’un an, d’un jour, de jamais pendant un jour, ou des mois. Les voyages au long cours m’ont trop emmerdé, à trop croire être sûrs de leur chemin.)

 

20/09/2007

Demain comme je l'imagine

La nuit va commencer.

Demain j'écouterai Bach en m'émerveillant de cette nature généreuse, encore, décidément pas rancunière _toujours vivante, bruissante, éternelle, brève et puissante. Dans l'altitude du Ventoux, l'autre jour ces douze chevreuils surpris, détalant en bonds silencieux, agiles, forts ! Je me rappelle ce très beau film, Marianne de ma jeunesse, où l'adolescent court et rattrape un faon qu'il embrasse. Des yeux sombres et doux, ainsi qu'ils le sont dans ma mémoire, hanteront la trame de ce demain, je le sens, le veux et m'en délecte d'avance.

18/09/2007

Aventure

    Orages amour violent rien ne me reste qu’un visage et des traces sur la buée du regard d’ange

mais l’envie immense qui déroula sa voile, la vigueur et noblesse de se sentir aimé et aimant ; surtout assumées maintenant la difficulté même parfois sans doute la peine d’être un homme. Continuer, lentement et sûrement. Les déserts aussi sont beaux à parcourir.

11/09/2007

Le "Hasard", un "faux ami"

Le petit jeu d’une amie chère, où il s’agit d’ouvrir iTunes, de lire aléatoirement sa musique en réponse à quelques questions...

 

- Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?

- Comment les autres vous voient

- Quelle est l'histoire de votre vie ?

- Quelle chanson pour votre enterrement ?

- Comment allez-vous de l'avant dans la vie ?

- Comment être encore plus heureux ?

- Quelle est la meilleure chose qui vous soit arrrivée ?

- Pour décrire ce qui vous ravit

- Votre boulot, pour vous, c'est

- Que devriez-vous dire à votre boss ?

- Pour vous, l'amour c'est ?

- Pour vous, la sexualité doit être

- Bloguer, pour vous, c'est... ?

 


COMMENT VOUS SENTEZ-VOUS AUJOURD'HUI ?

"Something" Frank Sinatra

Something in the way she moves
Attracts me like no other lover
Something in the way that she woos me
Don't want to leave her now
Better believe, and how

Somewhere in her smile she knows
I don't need no other lover
Something in her style that shows me
Don't want to leave her now
Better believe, and how

You're asking me will my love grow
Well, I don't know, no, I don't know
You stick around, Jack, it might show
I don't know, no, I don't know

Something in the way she knows
All I gotta do is just think of her
Something in the things that she shows me
Don't want to leave her now
Better believe, and how

[instrumental]

You're asking me will my love grow
I don't know, no, I don't know
But you hang around, Jack, it might show
I don't know, no, I don't know

Something in the way she knows me
And all I gotta do is just think of her
Something in those things that she shows me
Don't want to leave her now
Better believe, and how

Mm, mm, mm, mm, mm, mm

I don't plan to leave her now


COMMENT LES AUTRES VOUS VOIENT

"Le bon gars" Richard Desjardins
Album


Le bon gars
Quand j'vas être un bon gars
Pas d'alcool pas d'tabac
M'as rester tranquille
M'as payer mes bills
M'en vas apprendre l'anglais
M'as l'apprendre pour le vrai
Quand j'vas être un bon gars
Pas d'alcool pas d'tabac
M'as mettre des bobettes
M'as lire la gazette
M'as checker les sports
M'as compter les morts
M'as passer mon checkup
M'en va faire mon ketchup
On va voir c'qu'on va voir
M'as m'forcer en ciboire
Quand j'vas être un bon gars
Pas d'alcool pas d'tabac
J'vas avoir l'esprit d'équipe
Impliqué tout' le kit
M'as cramper en masse
M'as m'tailler une place
Quand j'vas être un bon gars
M'as gravir les échelons
M'as comprendre mon patron
M'as faire semblant
Qu'y est intéressant
L'argent va rentrer
Pas trop trop mais steady
Ma photo laminée
" L'employé de l'année "
Quand j'vas être un bon gars
M'en vas les inviter
M'en vas faire un party
Des sushis des trempettes
Amènes-en m'as n'en mettre
M'as m'en déboucher une
Une fois n'est pas coutume
Ah là tout le monde va s'mettre
Tout le monde va s'mettre à parler
BMW, CLSC, TP4, IBM,
TPS, PME, OCQ, OLP, IGA,
IKEA, RPM, ONF, MTS,
Pis moi su' mon bord
M'as tomber dans l'fort
À onze heures et quart
M'as les crisser dehors
M'as sauter dans mon char
M'as descendre à Val-d'Or
Bon ben là ça va faire
M'as descendre en enfer
M'as flauber ma paye
M'as aller vendre des bouteilles
M'as rouler mon journal
M'as câler l'orignal
M'as virer su'l'top
Pas de cadran pas de capote
M'as trouver mon nom
Tatoué su' son front
A va dire: "Aaaaaaahhhhhhhh!
Enfin un bon gars!"
Après ça m'en va être un bon gars
Pas d'alcool pas d'tabac
M'as rester tranquille
M'as payer mes bills
M'en vas apprendre l'anglais
M'as l'apprendre pour le vrai
Sport, Smat and Blood
Y vont m'aimer en Hérode
Excellent citoyen
Pas parfait mais pas loin
M'as manger du poisson
M'en va faire du ski d'fond
M'as m'acheter des records
De Michel Rivard
M'as faire semblant
Qu'c'est intéressant
Quand j'vas être un bon gars
Pas d'alcool pas d'tabac



QUELLE EST L'HISTOIRE DE VOTRE VIE ?

"Yesterday" The Beatles

Yesterday, all my troubles seemed so far away
Now it looks as though they're here to stay
Oh, I believe in yesterday.

Suddenly, I'm not half to man I used to be,
There's a shadow hanging over me.
Oh, yesterday came suddenly.

Why she had to go I don't know she woldn't say.
I said something wrong, now I long for yesterday.

Yesterday, love was such an easy game to play.
Now I need a place to hide away.
Oh, I believe in yesterday.

Mm mm mm mm mm mm mm.



QUELLE CHANSON POUR VOTRE ENTERREMENT ?
Città Lunga Gianmaria Testa
Album

A lire, 

 la traduction de ses chansons


E'così lunga la città
che in questa nebbia che scende giù
ti sembra che svaniscano le case
soltanto noi restiamo qui
seduti ancora un po'
ad aspettare
perché é così dolce la città
che in questa pioggia che viene giù
mi sento come fossi andato via
e ritornando ancora qui
sedermi a questo bar
e ricordare
quanto era bella la città
piena dei tuoi colori
e tu che mi tenevi fra le dita
com' era bella la città
e com' é lunga la città
senza di te



COMMENT ALLEZ-VOUS DE L'AVANT DANS LA VIE ?
"Inchworm" Patricia Barber
Album



COMMENT ÊTRE ENCORE PLUS HEUREUX
"Trilhos Urbanos" Caetano Veloso
Vidéo



QUELLE EST LA MEILLEURE CHOSE QUI VOUS SOIT ARRIVEE DANS LA VIE ?
"Money" Pink Floyd

Money get away
Get a good job with more pay and you're o.k.
Money it's a gas
Grab that cash with both hands and make a stash
New car, caviar, four star daydream
Think I'll buy me a football team

Money get back
I'm all right jack keep your hands off of my stack
Money it's a hit
But don't give me that do goody good bullshit
I'm in the hi-fidelity first class traveling set
And I think I need a Lear jet

Money it's a crime
Share it fairly but don't take a slice of my pie
Money so they say
Is the root of all evil today
But if you ask for a rise it's no surprise that they're giving none away



POUR DECRIRE CE QUI VOUS RAVIT ?
"Romanesque" Patricia Barber
Album


VOTRE BOULOT POUR VOUS C'EST ?

"Fly around my blue-eyed girl" Kristin Hersh
Album


Fly around my blue-eyed girl
Fly around my daisy
Fly around my blue-eyed girl
You almost run me crazy
If you get there before I do,
Tell her if you please
Before she goes to make her bread
Roll up her dirty sleeves
Fly around my blue-eyed girl
Fly around my daisy
Fly around my blue-eyed girl
You almost run me crazy
I wish I had some pretty little gal
To tell my secrets to
To heck with all deceitful gals
Tell everything I do
Fly around my blue-eyed girl
Fly around my daisy
Fly around my blue-eyed girl
You almost run me crazy
Fly around my blue-eyed girl
Fly around my daisy
Fly around my blue-eyed girl
You almost run me crazy



QUE DEVRIEZ-VOUS DIRE A VOTRE BOSS ?
[Symphonie Wq178] Andante moderato Carl Philipp Emanuel Bach
Album


POUR VOUS L'AMOUR C'EST ?
"Amour, Amitié" Pierre Vassiliu
Album

Mais elle a eu un seul amant
Et ne se souvient plus du tout
Du goût du baiser dans le cou
Elle me demande de l'embrasser
Je ne sais plus si c'est déplacé
Et je suis bien embarrassé
Même juste comme ça un baiser

{Refrain:}
Amour amitié
Je ne sais pas si par dépit ou par pitié
Je franchirai cet océan
Qui va de l'ami à l'amant

Elle pose la main sur ma joue
Et ma pudeur en prend un coup
C'est fou elle pense surtout
Que parfois on ferme les yeux
J'y vois de petits vaisseaux bleus
Qui houlent et naviguent sans cesse
Gonglés d'amour et de tendresse

{Refrain}

Il fait très chaud depuis une heure
Mais elle a gardé son manteau
De peur que je lui voie la peau
Ce qu'elle demande est redoutable
Car parfois la bouche est capable
De faire frissonner et bien plus
Car elle ne s'en souvient plus

Mais elle a eu un seul amant
Et ne se souvient pas encore du corps
Qui se plie et se tord
Si elle a oublié de cet amour raté
Du reste elle se souvient par ailleurs
Du coup de couteau dans le cœur

{Refrain et coda}

Qui va de l'ami à l'amant



POUR VOUS LA SEXUALITÉ DOIT ÊTRE
"You don't know me" Patricia Barber
Album
Paroles


BLOGUER POUR VOUS C'EST ?
"Come le onde del mare" Gianmaria Testa

A lire, la traduction de ses chansons

Ma certe nostre sere hanno un colore
che non sapresti dire
sospese fra l'azzurro e l'amaranto
e vibrano di un ritmo lento, lento
e noi che le stiamo ad aspettare
noi le sappiamo prigioniere
come le onde del mare,
come le stelle del mare.

si muovono e c'incantano le ore
di certe nostre sere
e sanno di partenza e di tramonto
e di sorvolare lento, lento
ma noi che le sappiamo prigioniere
non le possiamo liberare
come le onde dal mare
come le stelle dal mare

 

En français :

Comme les vagues de la mer

Certains soirs ont une couleur indéfinissable
entre l'azur et l'amarante
et ils vibrent d'un rythme lent, lent
Et nous qui les attendons
nous savons qu'ils sont prisonniers
comme les vagues de la mer.

 

 

 

J'aime toujours autant vos jeux de "hasard" à la Breton.
Restez heureuse.

Fidèlement,

Fr

29/08/2007

Vinicius

Dans les oreilles Vinicius da Moraes ce nom sonne vin et Lucullus je gambade libre seul et fou-fou sur la plage comme un lutin qu'apportera le solstice doux et beau beau beau ?

Zique et Bios

Pour certains de ceux qui me connaissent via ce blog, et en rapport avec le titre de cette note,

Merci d'écrire à l'autre adresse e-mail que vous avez!

 

A bientôt ! 

 

 

Fr 

 

22/08/2007

Merci l'amour

Quand je veux reprendre courage, je vais puiser aux souvenirs de mon grand réveil. Pour cela, merci l'amour, merci à elle. Je ne peux que l'aimer toujours.

10/08/2007

Dans un pli de sa laine

Erige-
Moi !
Irrésistible...
Lentement.../
Ile-
Eve !

01/08/2007

The Proposition ?

La vie sans amour ressemble à une vie d'hôpital, où les visiteurs s'ils animent la solitude vous laissent d'avance le goût de leur départ vers l'autre côté des murs. Convalescence facile et pure aux jardins du sanatorium, paisibles et convenus, mornes. Les univers des gens qui s'aiment viennent coïncider parfois avec votre mémoire de soirs lents et forts sous la lampe d'un dais. Ils passent en surimpression sur des souvenirs qu'ils avivent, puis s'évanouissent, faux négatifs immédiatement brûlés au moindre des rayons qu'il vous reste de votre ancien soleil. En ces lieux vides et désolés, chaque mouvement du coeur est décuplé : sans objet ; vous préférez alors éviter les visites. Au fond, vous savez aussi qu'il faudra bien réintégrer la roue, sous peine de devenir Princesse au petit pois. Vous-vous encouragez en vous disant que c'est ce que vous redit inlassablement "la Proposition" de N. Cave...

19/07/2007

Sonar

"Judith,
 
    Gorgé de soleil.
    L'eau que je brasse, son bruit rassurant. Force, vitesse, et dans son sillage tout ce qui reste caché, noyé,
 et il est plus facile de vivre alors.
 

    Où êtes-vous ? que faites-vous ? (L') Aimez-vous toujours ?"
 
 
_____________________________
 
 
    Messages de derrière les mondes. 
 
            Je retourne nager. 
 
 
 
 
 
 
 

06/06/2007

Le mépris

Correction, deuxième jet.

    Evidemment, elle a interprété, ainsi qu’elle en avait l’habitude, ce que je lui ai écrit sous l’angle des règlements de compte ou en tout cas du petit bout de la lorgnette procédurière. Mais il y a pire.
    Non, pas dans le fait qu’elle soit à nouveau avec quelqu’un (mais elle m’enterre un peu vite, celle qui m’aimait pour la vie) mais dans ce qu’elle fait de nous, de ce que  nous avons vécu : “Amitié ? Notre histoire a eu son temps, nous ne nous croiserons plus”. Merci, va te faire foutre, quoi !
    Avec ce comportement qu’elle a, son manque de mémoire et d’affection (quoi qu’elle en dise), son négativisme, ses jugements à l’emporte pièce, et pas seulement à mon égard (plus facile que de s’ouvrir à l’autre, d’essayer de comprendre ce qui ne ressemble pas à soi), sa mauvaise foi quand elle préfère par exemple évoquer nos débuts difficiles _plutôt que sa fuite et son horrible abandon quelques jours après l’engagement qu’elle réclamait (et sa conviction intime dans des “Je t’aime. Je suis à toi, je le sais maintenant”)_ eh bien ça m’étonnerait qu’elle aille encore bien loin dans sa nouvelle relation _où tout est “doux et léger”. Tout est beau et coule de source, comme ça l’était lors de nos retrouvailles, où déjà elle ne se sentait plus malade (et, of course, exit alors le psy dont elle savait pertinemment qu’elle avait besoin pourtant).
    Je suis en colère à cause de ses manquements. Qu’elle classe l’histoire, soit ! que puis-je y faire ? J’avais à peu près digéré ce dégueulasse abandon. Mais ainsi qu’elle agit, une nouvelle fois, à me jeter aux orties et basta, quel tour de con ! Je ressens comme une trahison, une mésestime, et c’est peu dire _ le mépris !
    Et elle “avance”, devient “plus grande”, m’assure-t-elle ! Danse, ma belle, danse... Je te la donnerais bien, cette danse, bien sentie... parce que tu la mérites. Ça serait sans trop de colère, juste une bonne et franche, virile correction, justement dosée, de qui bene amat bene castigat.
    Ah ils sont beaux, ses mots pour la vie, sa sensibilité ! Merde. Oh oui, pitié, surtout, dans ces conditions, ne nous croisons plus ! Je préfère largement ma version de toi à ce que tu m’amènes encore à voir de ce que tu es. Avec beaucoup moins de regrets, pour le coup, là.

05/06/2007

Deux ou trois choses que je crois savoir (à suivre)

       "A 40 ans, je FAIS et LAISSE couler."
 
    Oui, la rencontre. Elle était bien, la rencontre. Rien en trop, juste commencé par un petit débordement. Faut que quelque chose dépasse, dans une rencontre, pour que ça en soit une. Le truc qui dit quelque chose, un détail insolite qu’on voit, pas forcément tout de suite, mais qu’on a remarqué même en n’y faisant qu’à peine gaffe. La mémoire l’aura retenu, et alors parfois l’on ne se rencontre vraiment qu’après, après que la mémoire ait fait son boulot, a ramené dans les yeux ce qu’ils n’ont pas vu. Là, c’est elle qui m’a réveillé la mémoire. Le truc insolite, c’était de me faire marcher sur le pied. Par elle. Mon pied qui dépassait, donc. On va me dire “Merde, putain, ça commençait mal”, parce qu’on veut toujours rire et surtout ne pas croire comme ça, d’un coup, au miracle et encore moins qu’il puisse se manifester dans de si petites choses. Et pourtant, l’amour se gobe d’un coup, comme une grande rasade de vent qui soudain gonfle les alvéoles, claque les poumons, sonne les alarmes de tous les réveils à son heure. Il n’est donc pas question de croire ou pas, parce que moi-même de toute façon ne suis pas sûr de l’avoir vécu, ça. Je veux dire qu’en fait je ne me rappelle pas qu’elle m’ait marché sur le pied. Voyez, une histoire d’amour, ça se fait à deux et c’est con parce que vous l’oubliez, que l’un est l’autre qui vous a réveillé, et le contraire aussi, et pas seulement la mémoire.
    C’est un mystère, le mystère de la grande Recomposition. Des éléments, des souvenirs, des réalités, de l’individu, même. Comme dans l’écriture, au moment où les mots commencent à se suivre sans y penser, quand on parle le jus de fruit bien mûr qui s’écoule, le sens de soi au monde, du monde en soi, l’accord de la rencontre. On se trouve corps à corps, âme contre âme, et tout pressés on s’en mélange. Les gosses, comme ça, se barbouillent, en riant aux éclats. De crème glacé, par exemple. C’est un jeu. Toujours le même. Copains, matière, étincelle, shaker, je te fais tu me suis tu me fais je te suis, nous sommes ce que nous faisons. Ce que nous en faisons. Intensité. Langage de pluie et de soleil, de terre et de ciel. L’on devrait alors vivre heureux mais ça n’arrive pas toujours. Pas souvent, même. Ça dépend après du mien et du tien, de si j’y mets du mien, de si tu y mets du tien. Pour que ça tienne, que tu sois mienne, que je sois tien. Je veux dire qu’au départ, on ne calcule ni l’un ni l’autre la vitesse du déplacement des corps selon l’altitude ou le sens du vent, ni comment je t’ai vue ou pourquoi. Et tout en découle, pourtant. Mais là n’est pas l’important : ce qui compte, c’est de creuser un peu, quand on veut un peu de terre glaise pour construire encore. On n’est pas obligés, mais si l’on veut, il n’y a qu’à se servir, vraiment. A profusion. Moi, je construis ce texte à partir du besoin de dire cette rencontre, puis je tends les mains dans notre espace, je plonge les bras dans les siens et je ramène tout un tas de bric à brac de liens, de couleurs, d’attitude, de sensibilités, de matériaux de notre ouvrage, oeuvre de chair comme d’âme, jeux de corps comme d’esprit, qui m’ont rêvé par elle, qui l’ont rêvée par moi. J’ai pris une tongue, mais ç’aurait pu être sa jupe de cinéma, pour moi, ses yeux dans le vague, pour moi, sa casserole sur le feu, pour moi, ou le timbre de sa voix, pour moi, qui sont elle ou d’elle ou par elle (sa mémoire de mes tongues quand elle m’a marché sur le pied, là). La réalité, c’est pour la photo, ou l’architecture, je ne sais pas. Pour les travaux publics, en tout cas. Ici, ce sont des travaux intérieurs, personnels, intimes, essentiels. Alors, on se prend la main et on continue ? On sort de la rencontre, donc ? Oui ? J’y reviens quand vous voulez, notez, j’ai encore plein de choses à dire, mais non, on sort, d’accord.
    Or, soyez francs, ça n’est pas qu’à ce point de l’histoire vous brûlez d’entendre la suite, mais c’est que vous voulez aller plus loin mais dans le déroulement de VOTRE histoire : vous allez me demander des détails, oui, des choses comme  “”Et après, main dans la main, vous allez où ?” et “Oui, mais...”. C’est toujours comme ça, c’est au moment où l’on est bien que quelqu’un lève la main. A croire que vous le faites exprès. Mais non, je plaisante ! Un peu. Vous voulez sortir du cercle magique, prendre du recul, vous remettre à la recherche de ce qui vous préoccupe (le bonheur, le couple, etc), reprendre vos esprits, en somme. Mais vous cherchez VOS réponses. Et vous n’avez pas entendu la réponse contenue dans mon histoire, qui est pourtant votre réponse comme votre histoire. C’est la raison pour laquelle on écoute les histoires, toujours, qu’on lit des livres, toujours, qu’on voit des films, toujours. Parce qu’à chaque fois que le mot “FIN” se pointe on cherche à recommencer l’histoire qui s’est détachée de nous, qui n’a pas pris avec la notre. Et pour cause : elle ne peut pas s’y substituer, et encore moins la créer de toutes pièces.  Elle ne peut que nourrir la sienne propre. Et, aussi, vous voulez toujours vous réveiller, être responsables, raisonner “en adultes”, théoriser, lever la main et avoir raison. Alors que tout ça, je le redis, c’est de la terre glaise. Retourner au film, au livre, à l’histoire, d’accord, mais comme au terreau, au vivier de ce que vous êtes et qui vous fait.
    Je profite de votre curiosité, de vos questions, pour illustrer le fait qu’on a bien du mal à se contenter de son histoire, et qu’on veut la dominer pour la posséder. Se faire un vécu, en somme. Et c’est bien dommage. Pourquoi ? Parce qu’à cause de ce sursaut de conscience (du pouvoir de douter, plutôt) vous  n’entendrez pas la suite de mon histoire. Pourtant vous y étiez bien, non ?
    Mais je dois vous avouer quelque chose. Mon histoire, si je ne la continue pas, c’est évidemment que j’en sors pour servir à ma sorte de démonstration. Mais je voudrais être honnête : je sors aussi bien trop souvent de la mienne, dans la vie de tous les jours. A cause de la vie de tous les jours, peut-être. Or, voyez, cela me sert encore à rebondir sur la selle de mon cheval de bataille, de mon dada : si le quotidien nous heurte toujours, parce qu’il faut bien sûr faire face à la réalité de la vie (le travail, le logement, comprendre ses factures, les systèmes de retraites, éducatifs, comment marche sa voiture...), comment ne pas sortir de la magie, de l’enchantement, de son histoire rêvée qui est la seule réalité possible ? C’est juste une extension de mon sujet, en fait.
    Il s’agit de bavarder sa réalité.
    Et je vais d’abord me contredire, du moins en apparence. J’affirme : reprenez vos esprits, faites marcher votre raisonnement, sinon votre vie vous échappera. Vous aurez vécu pour rien, aurez été de passage sur la plage au soleil et ça aura été bien, sauf que pour la plupart des hommes, toutes les plages de cette existence laissent un grain de sable dans la conscience. Dans dix ans, ou après la vie dite active, ou même dès ce soir, une porte va claquer, un courant d’air passer et agiter un rideau, laisser entrer un papillon ou la tiédeur de la nuit, poser un doigt sur la bouche et taire les certitudes qu’il faut se faire, et en même temps le langage de tous les jours. Alors, on se retrouve muet et “démuni comme un oiseau sans bec au bord d’un champ” (ce vers est de Eugène Guillevic, un poète de nos jours). Le courant d’air s’est imposé, et avec lui toute la conscience de ce qui est et ne se dit pas avec les mots qu’on a appris. Se réveiller, c’est se faire un langage.

04/06/2007

L'Amour baroque

Avant que je commençai de le lire, et confondu :

    Je l’aime bien, ma petite buse. Elle ne comprend pas grand chose à l’amour mais elle m’attendrit, tellement elle peut être de mauvaise foi avec sa jalousie folle. J’voudrais pas qu’elle tombe sur un type genre sanguin. Elle est grande mais toute petite et mince et fragile, et elle ne pourrait rien contre la folie meurtrière qu’elle pourrait bien déclencher chez un type de la sorte ou un tant soit peu tatillon sur ce que parler veut dire. Faudrait pas qu’on me l’abîme, ma petite tête de bois ! Bien sûr qu’elle a de la répartie, de ces mots à vous renverser, crus et populos au point que vous en restez baba avec un froid dans le dos. Mais y’en a qui sont éduqués pire qu’elle et qui vous la colleraient au mur comme la punaise qu’elle sait être. Qu’elle fasse gaffe, les gentlemen ne courent pas les rues. D’ailleurs, je me dis qu’elle a dû ne tomber que sur de bons mecs, des qui ont du recul ou bien sur des mous ou des indifférents pour être encore de ce monde.
    Quand je pense qu’à l’heure qu’il est, là, elle a dû enquiller sur un autre, ça m’emmerde. Bon, ça risque de tourner vinaigre, vu le passif de la Miss _mais, encore une fois, je croise les doigts pour sa santé à elle. C’est qu’il lui faut des étincelles, puis il s’agit pour le beau qu’il supporte sa droite au coeur. Parce que c’est comme ça, question déroulement des opérations chez la fillette-louve : faut assurer l’ensuite. Je vous fais le topo en X pointes de clou :

    1 Séduction à la mi-figue mi-raisin, mi foldingue mi-raison. Mignonne et gauche comme elle est, le bougre tombe raide dans le filet. Dans le même temps qu’il croit déjà, pauvre hère, avoir charge de cette âme d’après “ce curieux visage sombre d’enfant adulte à vous briser le coeur” (Hemingway dixit)
    2 comme deux  possibilités : ou le gus se consacre à elle et c’est la fusion qu’elle veut, ou bien il garde un peu d’intégrité, une distance ou un recul comme vous voudrez,  mais alors elle le plaque  juste un  peu histoire de lui rafraîchir le coeur _et pour une douche froide c’en est une, et s’il y tient l’a intérêt à se bouger fissa, le gaillard, avant que la banquise de ses yeux et de son coeur se forme au-dessus de lui ! Là, je postule que le gars voudra rompre la glace, pour continuer la démo. Bref, dans les deux cas, ça nous mène  à la bague d’or virtuelle, vite fait, juste au bout du couloir.
    3 Je t’en fiche mon billet : le lascar se fait phagocyter. Adieu un et un font deux, et même trois (comme il en était avant elle à le penser intelligemment) ! Il a dans les yeux plus ou moins l’effarement de l’esprit malmené, selon qu’il commence plus ou moins à comprendre ce qu’il lui  arrive. Mais le mâle a souvent tendance par instinct à protéger sa belle, et cherchera donc plutôt dans ce sens à savoir ce qui ne va pas en elle. Parce que non, ça ne va pas : bouderies, gels subits des relations, remontrances et arguties lui pleuvent sur la couenne. Quand il n’y est pour rien. Et il n’y est pour rien, mais la compréhension de cet apparent paradoxe est pour plus tard, quand il aura pour tenter de garder raison devoir de battre le fer brûlant de l’Absurdité.
    4 Ça barde ! notre héros voit sa barque prendre l’eau de toutes parts et il écope, écope... tant et plus qu’il ne voit pas que de toute manière il est cuit, qu’il a touché déjà les récifs de fond, qu’il s’est bel et bien écrasé sur les questions qu’il croyait naturelles, savez : de celles que la vie en la vivant résout, mais auxquelles, hélas, pour elle il est essentiel de répondre.
_Engagement !?
D’accord !
_Mais pas ensemble !?
D’accord !
_Mais tu me tromperas avec mieux que moi !?
Ah !?
_J'aime quand c'est impossible, quand tout est compliqué
_ Ben on ne peut pas dire que notre hostoire soit vraiment simple
_Aimer, c’est souffrir !
_(Bah merde, déjà !?)
_Devons-nous nous croire ?
_Mais pourtant...
_On se quittera, pour défier notre amour ?
_???    
    Parce que ma vestale entretient le feu qui la dévore, se fait un sang d’encre. Encre de seiche en nuage noir dont notre romantique (il faut bien qu’il le soit pour tenir jusque-là !) se retrouve tout barbouillé (c’est qu’il souffre, le pauvre) et aveuglé (il ne sait plus se rappeler qu’il n’existe évidemment pas de réponses à de telles questions). Et, paf ! Il sera parti quelque temps parce qu’elle aura eu besoin de se retrouver _et aussi parce qu’elle est décidément insupportable. A son retour,  il viendra chercher son échec et mat, sa preuve par l’Absurde que, décidément, elle ne sait pas pourquoi ni comment mais il lui est devenu étranger. La mignonne sera très embêtée, avancera même que le plus difficile pour elle n’est pas de souffrir mais d’infliger à son insu pareille souffrance. Et il voudra la croire. Et c’est de fait une vérité ! Mais il trouvera là encore matière à batailler : qu’elle se retrouve, pour le retrouver lui ! Lui, ne se retrouve plus.    
    5 La "dernière" bataille. Bah non, ça serait trop simple encore : elle l’aime, finalement, mais ne sait pas de quelle façon. Faut voir la bobine de l’ami, à cette heure, brûlé dans son four et quel four ! Un bide dans un scénar qu’il a pourtant corrigé de sa plus belle plume, à renfort de “je t’aime” vrais et d’esprit d’horizon, de rêves fous et dérisoires et tendres, de traces de psychologie même, de force virile et de poésie... Bref, il est celui qu’il aurait pu rêver d’être pour une femme qui l’aurait aimé : un homme dans l’amour, et décidé. Mais c’est encore pour du beurre, mon vieux ! Elle fond, coule, geint, lance des SOS et aussi des jets d’acide, change n’importe lequel de tes gestes ou mots en bave de crapaud (oui, dans les tranchées où l’on partage la merde du quotidien de torture on se tutoie).  Les contes de fées ont leur psychanalyse. ta réalité, elle, est méchamment prosaïque et douloureuse : elle est en dialyse. Tu es branché 24 heures sur 24 sur  une machine à broyer coeur et esprit. Ce que tu pensais chez elle être une force de séduction n’est que l’émanation d’une belle étoile qui est morte depuis perpète, dont l’attrait repose sur le vertige que procure le vide, l’absence de la logique amoureuse au profit de la segmentation, de la miniaturisation ; oui, sa force est plutôt celle de la réduction de l’amour à l’échelle de son esprit et coeur en berne. Mais qui saurait tenir rigueur à une malade ?    
    Heureusement (il existe de ces mots !) toi le Calciné as fini par comprendre au moins deux choses : tu as en effet vécu avec (ou plutôt a côtoyé) une malade, de son vrai nom “jalouse névrotique” voire psychotique, et somme toute plutôt méchante, et sais pertinemment que tu ne peux rien pour elle et surtout que tu ne seras pas le thérapeute dont elle a besoin même si tu t’en sens un tantinet capable (l’amour a besoin de ses jardins, du respect de certains de ses mystères). Tu es un bon gars, et tant pis si ta valeur ne cote rien à l’argus de son culte du malheur, tu ne pouvais lui apprendre à aimer ou à respirer et même que tu n’en avais pas la prétention. Si ça se trouve c’est ce qu’elle voulait après tout, prendre des leçons bien senties, histoire de faire enfin concurrence au paternel qui au fond l’a bien déçue... Mais ne te chagrine pas plus, puisque ça n’est pas dans ta nature ! Merci pour l’avoir épargnée, parce que personne ni elle qui pourtant t’a bluesé ne mérite pareille destinée, condamnée qu’elle est à chercher encore et encore son voisin juste à côté, à accumuler les preuves qu’elle ne vaudrait rien et donc les preuves que ton amour est forcément insuffisant ! Tu ne saurais remplir le tonneau des Danaïdes. En revanche, si tu devais être un petit salaud qui n’a pas compris, alors je te tomberais dessus, tu le sais bien, parce que derrière elle il y a elle-même (pas possible autrement, on ne peut être cela, vois-tu !) je veux le croire, et cela dit pas seulement pour rester dans la certitude que je ne me serais pas trompé bien au fond (mon amour !) mais, et ça revient au même, parce qu’elle est mon petit, ma chair tremblée des nuits d’amour, mon sourire d’ange en bleu du ciel, ma peur du vide et ma naïade, ma plus petite qu’elle quand elle pleure, ma très grande âme devant le feu, mon écrivaine d’espoir quand elle croit en moi...
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    Au regard de mon histoire et de ce que j’ai écrit là (et que je laisse en suspens), ce livre _L’Amour baroque (morceauxchoisis.pdf) tombe à pic.
    Mais imaginer que “la mienne”, elle aussi “ éternellement divisée et tiraillée”, n’avait même pas l’excuse d’un mari !! Mais on peut le remplacer par le père, par exemple et sans trop se tromper (culpabilisation-idéalisation-punition, je pourrais développer). Ce livre m’a aidé parce que cela fait entrer cette histoire dans le registre du déjà vu, sort du bois “les loups d’amour” (cf. Journal : 17 janv. 07 à l’occasion de la première rupture :

    Je me couche et loge confortablement dans l’amour qu’elle a eu pour moi, dans l’amour que j’ai pour elle. Bien au chaud dans mon pyjama qu’elle portait. L’absence d’amour peut parfois être ressentie comme une présence. Comme si tout allait aller bien. Comme si j’étais un enfant que ses rêves de Maman allait bercer et protéger de tout vrai malheur, tenir loin des loups d’amour des femmes qui rôdent dans les bois où les jours sont aussi des nuits. C’est une sensation inédite, faite de batailles et de renoncements, d’une sorte de fatigue méritée et bienfaisante après avoir lutté et souffert tant et plus pour des sentiments qu’on m’a refusés. Les contes de fées sont des contes de fées _un rêve ! Et il faut maintenant dormir.)

    Des résonnances, donc, dans ce livre, souvent frappantes, qui font que je n’ai pas vécu tout seul une expérience jamais vue. Une catastrophe répertoriée, donc presque banale, affligeante. Oui, retrouver sa propre histoire dans celle qui appartient aussi à un autre, voilà qui est confondant ! Quand elle est forcément différente. Ce sont donc les sensibilités qui FONT l’histoire, la réalité, l’amour. Et, si cela rassure parce qu’on se sent moins seul, voire compris, une gêne s’installe qui vient de l’impression d’être dépossédé de son expérience :

“Quoi, j’ai souffert à ce point, et puis creusé mon sujet aussi longtemps pour en extraire le caractère unique et individuel, pour finalement en retrouver le précipité ailleurs !?”

    Aussi, envisager l’autre sous l’angle de la maladie, quand on a compris qu’il s’agit indubitablement de cela, en même temps que de participer à cette “banalisation”, a neutralisé certaines de mes réactions vives. L’on parle communément de “choses qui n’arrivent qu’aux autres”, s’agissant d’accidents ou de maladies, et du choc quand cela justement arrive à soi. Et puis, l’on est occupé à vivre son amour, à le défendre et à vouloir y croire : on parie ou projette a priori depuis la bonne santé. Ce sont  des choses qu’on ne voit pas d'abord, parce que la vie ne devrait normalement pas nous donner à les voir...

     Tout cela bien sûr ne fait pas des armes, ni même des antidotes...

    J’entends qu’un oiseau sur le toit chante, en appelle un autre qui lui répond en l’imitant. Je ne suis pas encore ce que je me sens devenir, et je ne suis plus ce que j’ai été. ainsi en va-t-il pour la chrysalide. En moi la tristesse d’enclume, noire et verte, en même temps que dessus je suis assis, les jambes ballantes, dans le vide.

    C’est la mer ! Vous reprendrez bien un peu de Margherita ?

01/06/2007

Avertissement au lecteur

Bonjour,

    Je voudrais dire, encore, que je ne suis pas celui qui écrit sur ce blog. Là, Je le dis plus franchement.

    Ici, c'est l'exutoire, le laboratoire aussi, c'est le déversoir des humeurs et des facettes. Même si évidemment certaines choses sont "vraies"... L'homme, lui, existe et respire, vit sa vie, n'a à voir avec ce blog que peu de choses. Une sensibilité certaine, bien sûr, mais qui reste à découvrir en réalité bien mieux qu'ici. "Bien mieux" dans le sens plus concrète. La vie est concrète. Et je suis of course concrètement un quidam. 

31/05/2007

L'heur de me plaire !

    Le ventre des femmes crie, m’appelle et me veut. Mais je veux choyer dans mon peu d’ombre la tête jolie, l’amoureuse seulement, entendre craquer son corps blessé où s’émeut et pleure l’amour noir et gai, marine et fou, terriblement transi, que ne chavirent, bercent et calment que mes doigts et dans leur sillage tout mon corps qu’il veut tremper, dont il veut l’onguent ample et dur _tout ce plein dont et pour lequel il se perd et se vide.
    Je suis ton enfant spontané, ton mâle dans les étoiles, ton sexe enfin dans le tien.
    Que m’importent les bêtes fulgurances qu’avec d’autres je peux partager pour si peu, les étoiles vues ensemble si leur froideur blafarde ne les brûle pas comme moi ? Le silence des obscurités, la matité des échos souterrains (des astres, par exemple), la touffeur des jungles _cathédrales païennes d’entrelacs de nos membres_, ont un cri douloureux que seules les armes blanches et excédées, les larmes extatiques des cils et des franges expriment. L’amour est idée de l’amour, le sexe que je veux l’incarnation de cette idée. ”L’idée d’un rosier” chère à Brel :
 
“Et je ne garderai
pour habiller mon âme
Que l’idée d’un rosier
Et qu’un prénom de femme”
 

    Je me fous d’être heureux si vos ailleurs le promettent, si je ne puis DEDANS ou ICI en vivre l’impossibilité. Qui veut me farcir au bonheur ne comprend vraiment pas que cela seul est foutaises. Allez à d’autres dorer la pilule, domestiquer l’angoisse sacrée, piler les glandes divines ! Seul le mal-heur est vrai, car connu, vécu, chié. Seules les marées hérétiques connaissent la pureté _qu’elles lèchent comme chèvre le sel. Votre bonheur est un prurit à gratter, la croûte en forme de vos idées assises, le plaid sur vos lits dont le moelleux m’étouffe, l’atroce mépris de nos secrets _détresse originelle, blessure d’être né, divorce d’avec le ciel, orgasme. Il n’y a d’amour véritable que dans l’imposture, le sentiment de tromper l’illusion, avec la force de croire avec l’autre à la beauté de ce sublime mensonge si près (cyprès) du soleil. Celle-là qui saura être la dupe consciente pourra être ma femme, parce que nous-nous CROIRONS ! Epoux d’un an, d’un jour, de jamais pendant un jour, ou des mois. Les voyages au long cours m’ont trop emmerdé, à trop croire être sûrs de leur chemin.
    A moi, à moi comme à 19 ans les tempêtes où j’ai eu le bel orgueil d’être fou, depuis lesquelles la suavité n’a que trop régné, réduit ma voilure pour femmes-stratèges, bourgeoises, mort-nées. Petits esprits, malingres ambitions, troupes à grandes gueules chevrotantes. Femmes avortées et prétentieuses. Trop d’histoires décadentes, de mesures allongées, d’enveloppes pré-timbrées, de connasses vagissantes. A la limite, n’ai jamais mieux vécu que mal aimé ou méprisé ou ignoré, ce temps qui me fait corps et est le rythme de mes mots accidentés ou bercés. Mais rafales et coups ont fait ma route, je la vois et la sais, alors encore tout de moi tangue sans tarir, cul raffermi, sexe en avant, pognes d’aubier, coeur d’écorce, âme en tourmentes, nerfs sur-tendus, sens vibratiles, vibratoires, musicien d’interstices, amour fou.
    Que celles-là, qui m’ont connu et emmerdé, qui ne méritent évidemment pas l’enfer, aillent crever gentiment dans des bras impuissants, rêver creux dans des têtes communes, roucouler sur les plastrons de pigeons à styles, pisser leurs pleurs dans des hommes-cuvettes ; s’en aillent castrer leur couillon et traîner poussettes. Que tout cela continue à braire loin de moi pour ne surtout pas les entendre rayer le grondement comme le silence de l’univers, les orages et les saisons qui à moi chantent, pleurent et bruissent.
    Puis,
    Reconnaîtrai-je la déesse qui me cherchait alors, avec qui les explications enfin se sont tues. Ensemble et séparés à travers nos souffrances, au long de notre route de bourlingues, intersections, traverses et droites, saurons chacun à l’autre gré des calmes retrouvés, des vertiges échangés, des ailes tendues dans le “dur désir de durer”. Grandissant, bon dieu, grandissant !

16/05/2007

Sur la plage

Chanson pas finie pour Arthur

Les bords de mer par ici se ressemblent
et leurs villes
Je marche les yeux
baissés obstinément
sac à dos mains
dans les poches dans le vent
chargé de pluie
dont je voudrais qu’il noie
la mémoire têtue de mes pas que je suis
qui savent l’amble
avec ceux de la fille longue
la fille brune
frêle et folle
là-bas plantée dans le plein du quai
qui fait danser les chevaux de nuit
au manège face au bar
Elle ne chante pas
elle appelle un chien noir
au nom russe
pendant que je cherche à boire
à une terrasse
que je trouve
sans clients
pour m’ôter le murmure
du ressac

Autre jour
Et je marche encore
toujours près de la mer
où les ombres me croisent
frappées de stupeur derrière
le plissement de mes paupières
brûlées
Je crois qu’elles ressemblent à des êtres vivants
peut-être de l’espèce humaine
cela ne suffit pas pour répondre à leurs peurs, leur donner le viatique, l’absolution à leur stupide orgueil des familles dans leurs symphonies brinquebalantes, délivrer la parole qui rassure, le mot banal, boucler la ronde des jours, le barreau ajouté dans un sourire à oublier, la candeur mièvre d’un “bonjour”
Je n’entends que le corps violent de la femme frêle, femme-pouliche sur ses gambettes mal-assurées
elle porte haut son sexe avec lequel elle dialogue
en syncopes, dans le roulis de ses hanches
de garçonne, mon café noir, mon Procope
mon salon suspendu
porté sans nègres dans les déserts
de Grau ou de Motte où je bois à grandes coulées
des tasses à noyer l’Arena
Parfois, me heurtent les parfums de nuques grasses des icelles que je sais baiser mais que je rate
à cause aussi de leurs doigts trop courts, de leurs seins lourds, de leurs ingénuités idiotes, ou de leurs vices de toc
Je claque des dents dans les matins trop tôt
tac tac tac et re-tac
qui scandent le charleston de mes os mariés à son squelette
ma maigrelette à pleurer de lui faire mal peut-être
dont je dissèque pour mieux le poser tout autour le corps _ici le cou, attention, que je revisse, revisse dans ma paume en coupe, là les reins plus solides que mon autre main maintient tandis qu’en lévitant je la herse et la soc, la ravine et l’empluie, la conquière et la recompose, l’amoure et l’aime
...
Sur la plage me contre-sensent des tarés en jogging, imbibés d’infos et de croissants, la santé à crédit
alors je repasse en marche arrière ses images.
Ça donne un tournis différent
à l’enclume que je porte dans l’estomac,
rotation inverse de mon aiguille
vers son pôle

03/05/2007

Whisky sous la pluie noire

   


ET MOI JE CHANTE (Barbelivien Lenorman 75)

Je vois un train venir sur un nuage d'autrefois
Je vois une main tenir des fleurs mais elle n'a pas de doigts
Je vois un chien mourir d'avoir voulu suivre mes pas
Je vois l'hiver sourire aux années bleues de l'au-delà

J'entends tomber la pluie dans le jardin des magiciens
J'entends des symphonies jouées par milles musiciens
J'entends un oiseau gris hurler au vent dans le lointain
J'entends pleurer la vie dans ma mémoire sans lendemain

Je vois couler des villes au milieu d'océans cachés
Je vois des yeux qui brillent au silence des grands rochers
Je vois un jeu de quilles que je ne peux pas faire tomber
Je vois une petite fille ensevelie au miroir des années

Et moi je chante, je chante, je chante,
Je ne sais faire que ça je chante
De tout mon désespoir je chante, je suis heureux
Et moi et moi je chante, je chante, je chante
Je ne sais faire que ça je chante
De tout mon désespoir je chante, je suis heureux .

J'entends tomber la pluie dans le jardin des magiciens
J'entends des symphonies jouées par mille musiciens
J'entends un oiseau gris hurler au vent dans le lointain
J'entends pleurer la vie dans ma mémoire sans lendemain
J'entends un vieux tambour sonner la charge des statues
J'entends un cri d'amour que je n'ai jamais reconnu
J'entends les derniers jours frapper à mort ma tête nue
J'entends un troubadour chanter le temps qui ne reviendra plus

Et moi je chante, je chante, je chante
Je ne sais faire que ça , je chante
De tout mon désespoir je chante, je suis heureux
Je chante, je chante, je chante
Je chante
Je chante

Je chante, je chante, je chante
Je ne sais faire que ça je chante
De tout mon désespoir je chante !

02/05/2007

Petit bonheur

Quelques orages.

Des giboulées, brusques et drues.

Soleil.

Une saison d'enfance ; les paroles des Anciens (les giboulées de mars...). Rassurante mémoire, une chronologie transmise et vérifiée.

La campagne ressuyée, son odeur neuve et puissante.

Le soleil avant une autre averse. La table mouillée et fumante.

Un arc-en-ciel ! 

Petit bonheur. La chaîne joue Fitzgerald and Pass Again.

"Elle est retrouvée ! Quoi ? L'Eternité !"

30/04/2007

En avance !

    C'est long.

    Envie de douceur, de tranquillité d'esprit et d'âme. Je voudrais ne plus penser, intégrer une vie simple, profiter de la fraîcheur de l'eau, des ombrages verts et noirs, arrêter d'être "intelligent et cultivé", vivre un amour simple et grandir avec lui. Oui, grandir. Je carbure à l'amour, voilà, et je me fous de mes contradicteurs, qui me vantent le retour à soi dans une vie d'ermite. Tant mieux s'ils s'y retrouvent (mais je n'en connais que peu à s'y retrouver ainsi. Puis, j'ai toujours trouvé suspecte la volonté de se retrancher dans une sagesse dite suprême et indépendante, appelée Amour,  ET le fait de se garder du monde). Je voudrais sentir couler ma vie dans mes veines et sentir un autre sang battre et qu'ils s'irriguent. Est-ce vouloir la lune ? (J'en aurais décroché, des lunes !)

    L'autre soir en famille... Les petites de la femme de mon cousin sont venues me faire d'adorables bisous avant d'aller se coucher. Mon grand coeur de connard (de marginal, ainsi que je me vois finalement dans le regard des autres et à la lumière de ce soir-là), mon coeur s'est dilaté et j'en aurais chialé. Ce sont eux qui ont raison. Moi, qu'ai-je à foutre de la Beauté que je loue, des Signes qui me tombent sur le râble et qu'il me faut rendre ou vomir sous peine d'en crever asphyxié ? Pourquoi aller chercher tout ce qui S'AVERE impossible, caché, souterrain ? Pour tant de sécheresse ! Mineur de fond, excavateur de Sens, cueilleur de mandragores, jardinier de chimères ! Ça fait une belle jambe, de se connaître. Et après ? A qui le tour ? 100 pour 100 des perdants auront tenté leur chance. Je ne dis pas que je suis né perdant, je dis que je ne gagne que trop de jokers en forme d’Elle. Certaines femmes que j'ai aimé follement, quoi qu'elles aient pu dire de leur profondeur ou élévation, n'ont en définitive pas eu la force de supporter le poète. Nous sommes toujours sous le règne de la préhistorique nécessité : sécurité pour sa grotte. Pas de Roi, ni Reine, ni Fou, seulement des Tours prends-garde-à-toi. Mais est-ce insensé que de croire au Miracle ? Rien ne sort des cartes en la matière, de quelque façon que je les batte. On veut l’éternité et pas le temps, on fuit l’engagement et trahit l’envie, massacre le corps vivant au nom d’idéaux fumeux, la joie d’avec l’autre contre la misère du coeur embrigadé par ceux-là ! Des gens en retard sur eux-mêmes et, non, ça ne fait pas de moi quelqu’un en avance (pour reprendre un peu la phrase de Cocteau), je me refuse à cette idée !!